Comment prendre soin de soi ?

Ou comment prendre soin de mon enfant intérieur ?

Soigner son enfant intérieur… ou comment l’enfant devenu adulte (physiquement) peut prendre soin de sa part d’enfant qui reste à l’intérieur de lui, et devenir ainsi un adulte autonome, libre et un bon parent pour lui-même ?

Colère, frustration, insatisfaction, énervement, mécontentement, reproches et griefs contre l’autre.

Peurs, anxiété, appréhensions, inquiétude, angoisse, doutes, hésitation, tristesse.

Joie, enthousiasme, euphorie, etc.

Nous connaissons tous ces états dans notre quotidien.

Une palette d’émotions qui nous accompagne dans notre vie de tous les jours et que nous traversons plus ou moins facilement. Très souvent nous imputons la cause à l’évènement qui l’a provoqué ou à la personne en face de nous que nous rendons responsable de ce que nous vivons intérieurement.

« Je viens de raccrocher le téléphone avec mon ex-mari. Nous avons discuté du planning pour la garde des enfants. Encore des changements dans la programmation de nos week-ends. Je suis en colère. Il m’a énervée ! Je me sentais bien avant cette conversation téléphonique ». Caroline

Après introspection, Caroline était en colère contre elle-même parce qu’elle n’avait pas su formaliser sa demande, n’avait pas su dire non et n’avait pas eu la sensation d’avoir été entendue et écoutée.

Alors que se passe-t-il ?

Pourquoi réagissons-nous comme cela ?

Pourquoi les émotions ?

L’émotion se manifeste pour nous transmettre un message.

Et derrière cette émotion, il y a un manque, c’est-à-dire un besoin qui n’est pas exprimé. A nous d’aller identifier ce besoin et ce manque pour le prendre en charge et ne plus être otage de notre émotion.

Quels sont mes besoins ?

Afin de pouvoir prendre en charge nos besoins, il convient de jouer au Sherlock Holmes intérieur en menant notre petite enquête. Repérer notre émotion afin de l’identifier, puis qualifier notre besoin et ensuite regarder comment on peut le satisfaire.

  1. Identifier mon émotion
  2. Qualifier mon besoin
  3. Prendre en charge mon besoin

1. Identifier mon émotion

L’analyse transactionnelle parle de 4 émotions de base : joie, tristesse, peur et colère. Ensuite, chaque famille a des nuances et des degrés d’intensité et des manifestations différentes dans notre vie.

On pourrait rajouter également le dégoût, la surprise et le mépris.

Personnellement, je travaille essentiellement avec la tristesse, la peur et la colère. Généralement, lorsque je me sens joyeuse, enthousiaste, je n’éprouve pas de mal-être et un « besoin » de regarder ce qui va ou ne va pas dans ma vie.

En pratique, voici comment je fonctionne.

Je ressens une émotion. J’essaie de l’identifier en posant des questions afin de pouvoir la rattacher à l’une des 3 catégories mentionnées plus haut. Ainsi, une frustration, un mécontentement, un agacement … appartiennent à l’émotion de la colère.

A mon sens, il est important de savoir identifier l’émotion et de mettre des mots sur notre ressenti. Ne pas rester dans le mental. Qu’est-ce que je ressens dans mon corps ? Comment cela se manifeste-t-il en moi ?

Je partage une expérience que j’ai vécu il y a quelques mois et qui a été transformateur pour moi.

Je suis allée à une soirée dansante pour laquelle je me réjouissais depuis des jours. J’étais très contente de retrouver des amis. Arrivée sur place, dès la première demi-heure, j’ai commencé à me sentir mal. J’étais en en train de me questionner pour savoir si j’avais réellement envie de rester. Intérieurement j’entendais : « ça ne se fait pas de partir comme cela, tu as payé ta soirée, reste tu verras bien, ça va passer, tu vas t’y faire, etc… ». Mon mental me donnait 1001 excuses alors qu’au fond de moi je n’en n’avais pas vraiment envie. J’ai abdiqué. C’est alors que j’ai été surprise de sentir en moi d’abord de la contrariété, puis de l’énervement, et de l’agacement et cette sensation devenait de plus en plus intense. Je ressentais même de l’agressivité. Consciente de ce qui se passait à l’intérieur de mon corps, je me suis mise à l’écart afin de me retrouver avec moi-même et me questionner :

Qu’est-ce qui m’arrive, moi qui me sentais heureuse une demie heure plus tôt, bien dans mon corps ?

Qu’est-ce que je ressens ? Quelle est cette émotion que j’identifie ?

Comment cela se manifeste-t-il en moi ? A quel endroit de mon corps ?

Quelle est cette colère ? D’où vient-elle ? Pourquoi ?

Et cette question essentielle, mais QUELLE EST CETTE ÉNERGIE que je perçois en moi, et que je connais ?

Poser cette dernière question a été pour moi une révélation. Oui, je connaissais cette énergie, cette sensation dans mon corps. Qu’était-ce donc ?

Une sensation de mal-être. J’identifiais la frustration, l’énervement, le mécontentement puis la colère. Une colère contre moi-même.

Dans quelles situations avais-je déjà ressenti cela ?

En réfléchissant, je me suis rappelée toutes les fois où j’avais fait certaines choses alors qu’au fond de moi je n’en n’avais pas envie. Et j’avais fait cela pour faire plaisir à l’autre. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais pas su me choisir. Je ne m’étais pas respectée.

Je venais d’identifier l’énergie de la résignation !

J’avais cédé !

Je me sentais dans la position de la victime. Ne pas pouvoir agir autrement. Ne pas avoir le choix de faire autrement. Et mon corps disait non.

Ce soir-là, j’avais conscience que j’étais à un carrefour et que s’offrait à moi LE CHOIX : le choix de rester ou de choisir autre chose.

J’ai réalisé à cet instant ce qu’était le POUVOIR DU CHOIX. Je me sentais libre intérieurement et je pouvais choisir, et cela ne dépendait que de moi. Aucune contrainte mentale, pas de peur d’agir, pas de peur de ce que les autres penseraient de mon comportement.

Je me sentais vraiment libre intérieurement de choisir ce qui était bon et juste pour moi. Et je ressentais en moi ce pouvoir de créer quelque chose d’autre. Et que de ce choix, mon futur serait différent. Je m’ouvrais à d’autres possibilités.

En conscience, j’ai choisi de quitter cette soirée qui ne me convenait pas en disant au revoir à mes amis et en les rassurant. En sortant de la salle, j’ai ressenti immédiatement dans mon corps une sensation légère, un soulagement, et un bien-être immédiat. Je me suis respectée. Mon choix était juste. C’est-à-dire qu’il est en accord avec mon être et ce que je désirais profondément.

Ainsi m’être connectée à l’énergie que je percevais dans mon corps m’a permis d’identifier plus facilement ce que je ressentais intérieurement. Mon corps me signalait quelque chose qui ne me convenait pas. Mon attitude (me résigner à rester) n’était pas en accord avec mon être véritable.

C’est ce que l’on appelle avoir une conscience de soi.

Reconnaitre et identifier nos émotions est une qualité de l’intelligence émotionnelle.


2. Qualifier mon besoin

Il y a 5 ans, j’ai assisté à une présentation de Corinne CYGLER, formatrice de la méthode ESPEREâ créée par Jacques Salomé sur les besoins de l’enfant intérieur. Cette conférence a été structurante pour moi. Aujourd’hui encore je m’appuie sur ce que j’ai entendu pour mettre en pratique dans ma vie mais également pour respecter les besoins de mes enfants.

J’ai retenu que nous avions 3 besoins essentiels qui sont des besoins vitaux, des besoins d’éducation et des besoins d’amour.

Ensuite, nous avions 7 besoins propres :

  • Besoin d’être entendu,
  • Besoin d’être écouté,
  • Besoin de dire,
  • Besoin d’être valorisé,
  • Besoin d’intimité,
  • Besoin de créer, et de laisser une trace,
  • Besoin d’espérer et de rêver.

Je me réfère à cette liste non exhaustive pour identifier mes propres besoins lorsque je ressens une émotion ou une sensation de déprime.

Quel est mon besoin ? Est-ce que j’ai besoin d’être rassurée ? Ecoutée ? Entendue ?

Qu’est-ce que je ressens dans mon corps ? Un besoin d’être caressée, massée, touchée ? Prise dans les bras ? M’appuyer sur quelqu’un ?

Extrait d’un passage de mon livre dans lequel je raconte mon parcours intime de femme et de maman donneuse d’organe. C’est le début du « rein-blues ».

« Oh ! Comme je suis fatiguée ce soir.

Tout à l’heure sous la douche, je me suis mise à pleurer. Et j’ai cherché quelle était l’émotion derrière ? Quel est mon besoin ?

En tant que femme, j’ai envie d’être dans les bras d’un homme pour pouvoir me décharger cinq minutes et me reposer. Depuis un an, je m’assume toute seule.

En tant que maman, j’ai envie d’être dans les bras d’un homme qui a le statut de père, afin de pouvoir m’appuyer sur tout ce que j’ai vécu par rapport à la greffe et aux blessures qui sont remontées à propos de la naissance de mon aîné. Mon rôle de maman qui n’est pas facile. Un espace de parents à partager. Cet enfant n’a pas été fait tout seul. Nous avons traversé des épreuves difficiles tout au long de ces vingt années. De l’inquiétude, de l’angoisse, des peurs ».

Si nous ne reconnaissons pas nos besoins, nous générons de la frustration, un mécontentement, voire un mal-être.


3. Prendre en charge mon besoin

En fonction de notre histoire personnelle, nous n’avons pas le même bagage émotionnel.

Nous pouvons avoir un déficit dans un certain domaine comme par exemple un besoin accru d’amour qui pourrait nous placer en dépendance affective dans nos relations amoureuses.

Est-ce qu’enfant mes besoins de base ont été satisfaits ? Qu’ai-je reçu de la part de mon père et de ma mère ?

Et où en suis-je en tant qu’adulte ? De quoi ai-je besoin aujourd’hui et comment puis-je prendre en charge mon besoin ?

Est-ce que je peux m’en occuper tout seul, ou est-ce que j’ai besoin de l’aide de quelqu’un ? Et dans ce cas-là, comment est-ce que je fais ma demande à l’autre ?


Exercice proposé :

Je vous invite à vous munir d’une feuille de papier et d’un stylo et de reprendre la liste des différents besoins énumérés dans cet article et de regarder dans quelle mesure ils ont été comblés durant votre enfance, votre adolescence par chacun de vos parents, ou par une personne qui aurait eu une influence significative dans votre vie.

Puis de faire la même chose en regardant l’adulte que vous êtes aujourd’hui. Qu’en est-il dans votre vie personnelle (familiale, amoureuse, amicale) et professionnelle ?

Il s’agit d’identifier vos carences qui vous positionnent en état de manque, et donc en position de demandeur par rapport à l’autre généralement. Ce déficit peut être à l’origine de conflit dans vos relations.

Et avec vos enfants, est-ce que vous respectez leurs besoins ? Par exemple, est-ce que vous affichez sur le frigo les dessins qu’ils vous offrent, ceci afin de combler leur besoin de créer et de laisser une trace ?

Un besoin essentiel dont nous manquons tous est le besoin d’amour.

Parfois, nous recherchons une relation amoureuse parce que nous avons besoin de contact physique. Et dans certaines circonstances, nourrir ce besoin pourrait être juste suffisant si quelqu’un nous prenait dans ses bras, sans arrière-pensée, juste en nous accueillant à partir d’un endroit de bienveillance et sans contrepartie. C’est l’idée des « free hugs ».

Se prendre en charge serait de demander en conscience à une personne de notre entourage (famille, amis), si elle veut bien nous donner cette étreinte libre. Et durant ce moment, savourer cet instant en prenant conscience que l’on nourrit notre besoin.

Notre corps qui a besoin de contact pourrait être comblé par un massage dans un institut ou avec un spécialiste. J’aime beaucoup le Gestalt Sensitive Massageâ  (massage inspiré de la Gestalt thérapie, thérapie par les émotions et le mouvement). Il a pour but l’éveil sensoriel du corps.

C’est un massage que je trouve enveloppant, structurant, réparateur, et qui permet une reconnexion avec mon corps tout entier dans une idée d’unité. Le corps et l’esprit unifiés. Cela me permet de me donner de l’amour à moi-même.

Une question importante à se poser ? Est-ce que je prends du temps régulièrement pour penser à moi, et à mes besoins ? Ou au contraire, est-ce que je m’occupe trop des autres à m’oublier moi-même ?

Quelle est la personne qui peut s’occuper le mieux de nous ?

Nous-mêmes car nous sommes la personne la mieux placée pour savoir ce qui est bon pour nous.

Ainsi répondre à nos besoins de manière autonome, nous permet de ne pas être mendiant dans une relation. Il m’apparait essentiel d’y mettre de la conscience.

Prendre soin de soi ne signifie pas être égoïste.

Bien au contraire, un adulte qui a ses besoins essentiels satisfaits est un adulte heureux et qui rayonne autour de lui.

A son tour, il peut répondre aux demandes des autres depuis un espace nourri et pas de manque.

Il donne tout simplement. Et l’on ne peut donner que ce que l’on a reçu.

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