DONNER DE SON VIVANT ou comment poser un acte concret d’amour ?

 

En ce mois de la Saint Valentin où l’on célèbre Cupidon, voici quelques réflexions autour du Don et de l’Amour.

 

Si aimer c’est recevoir.

Aimer c’est aussi donner.

Qu’est-ce que donner ?

Qu’est-ce qu’un don ?

Comment et quoi donner de son vivant ?

 

Ayant été personnellement concernée par le don, il me vient tout de suite en tête mon don de rein à travers la procédure médicale appelée « transplantation rénale à partir d’un donneur vivant »

 

C’est un magnifique acte d’amour et de générosité à l’encontre d’un être cher parce que l’état de santé de ce dernier est en péril.

Mais il n’y a pas besoin d’aller jusqu’au don d’organe pour donner quelque chose de précieux à des êtres que nous aimons. Ainsi, certaines actions peuvent être le témoignage concret d’une preuve d’amour et de générosité pour protéger ceux que l’on aime et leur témoigner notre reconnaissance envers eux pour avoir été présents dans notre vie.

Combien de personnes ont voulu protéger ceux qu’ils aimaient et n’ont rien fait ? Parce qu’ils en avaient l’intention, l’ont verbalisé mais ils n’ont pas posé des actes. D’autres parce qu’ils n’en avaient pas conscience et ne connaissaient peut-être pas certaines dispositions légales par exemple.

Si la donation de son vivant accorde des avantages fiscaux en matière de succession, elle peut avoir une portée psychologique et symbolique bien plus importante que l’aspect financier :

Répondre à un besoin de base qui est de se sentir en sécurité,

Exprimer son sentiment de gratitude et de reconnaissance envers une personne,

Témoigner un acte d’amour.

 

Pour illustrer, je prendrais le cas des familles recomposées avec des enfants communs et un logement familial acquis avant le mariage par un des parents en bien propre et dont ce dernier continue de régler les échéances durant la vie du nouveau couple.

 

Quelle est la place du compagnon restant au décès de l’être aimé ?

Ce parent peut se retrouver du jour au lendemain à la rue parce qu’il n’aura pas été protégé et mis à l’abri en cas de nécessité.

Inconsciemment, il entretiendra un sentiment d’insécurité intérieure.

Un de ses besoins de base (respirer, manger, dormir, avoir un toit) n’est pas comblé et un besoin non satisfait peut conduire à une peur.

Cette peur sera bien présente en lui, et il n’en n’aura pas forcément conscience, une sorte d’épée de Damoclès qui pèsera sur sa tête. Ce besoin d’être rassuré pourra se manifester dans sa vie par un manque de confiance en soi, des peurs d’entreprendre et d’oser faire des changements, une psychorigidité, un besoin de planifier et de tout contrôler, des difficultés à déléguer et à ne pas faire confiance aux autres.

Il y aura des degrés variables selon l’histoire personnelle vécue. Toutefois, cette situation ne sera qu’une ré-activateur inconscient d’une carence. Le besoin de sécurité est un besoin essentiel qui commence dès la naissance.

  • Comment sommes-nous sortis du ventre de notre mère ?
  • Avons-nous été accueilli ?
  • Petit enfant, avons-nous été suffisamment aimé, encouragé, valorisé ?
  • Avons-nous vécu dans un climat serein, ou au contraire la peur et la violence faisaient partie de notre quotidien ?

 

Pour le conjoint non marié ou pacsé, ce dernier est un étranger et ne peut pas hériter. Dans ces conditions il peut se retrouver du jour au lendemain évincé du domicile et donc à la rue. Les querelles familiales et toutes les questions d’héritage peuvent l’obliger à quitter le logement.

Très souvent nous ne pensons pas aujourd’hui à toutes ces éventualités parce la « grande famille » semble bien s’entendre.

C’est pour cela qu’un des fondements du mariage était d’accorder une mesure de protection au conjoint survivant.

 

Qu’en est-il également de ces couples non mariés, sans enfant commun mais avec des enfants respectifs, et qui se sont rencontrés à la suite d’un divorce, d’une séparation et qui ont cheminé ensemble pendant 30 ans, et voire bien plus et dont l’un habite chez l’autre ? Au décès du partenaire, ses héritiers réclameront leur bien et le compagnon se retrouvera à la porte également.

 

Alors je repose la question « quelle est la place du compagnon restant au décès de l’être aimé ? ».

 

Aimer, c’est protéger. C’est anticiper pour lorsque nous ne serons plus là.

Aimer, c’est aussi prendre soin de l’autre de notre vivant pour son futur à lui.

Pour reprendre la citation de Simone Veil « … L’amour ne se crie pas, il se prouve ! »

Alors pourquoi ne pas faire un don ? Prévoir quelque chose pour lui afin qu’il ait une vie tranquille et sécurisante après notre départ ?

Aimer, ne serait-ce pas justement de faire le nécessaire pour que cette personne puisse finir ses jours sereinement sous un toit sans avoir la préoccupation de ce qu’il deviendra au décès de son compagnon ? Il sera déjà en peine et dans une profonde tristesse avec cette séparation et le deuil à faire.

 

Aimer, c’est aussi reconnaitre que ce compagnon a partagé de nombreuses années avec nous. Il a été à nos côtés dans les moments heureux et difficiles. Combien de couples restent ensemble non pas parce qu’ils s’aiment vraiment, ou qu’il y ait encore de la tendresse ? Ils restent ensemble par habitude, parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement, parce qu’ils ne veulent pas rester seuls. Mais pour finir, et quoi qu’on puisse en dire, il y a toujours « une forme » d’amour entre eux.

Prendre soin du conjoint survivant, c’est reconnaitre que ce dernier même s’il n’y avait plus « d’amour » (la passion, des mots gentils, des attentions comme aux premiers jours) et qu’il reste des railleries journalières, a été présent dans notre vie, qu’il a été à nos côtés. Qu’il nous a apporté par sa présence, par ses petits actes au quotidien quelque chose.

Eh oui, on pourrait dire que pendant ces années ce n’est pas son salaire qui a réglé les échéances du crédit, mais son argent a contribué au fonctionnement du ménage.
Son investissement a été autrement dans la relation du couple. Et l’on pourrait retenir qu’il y a une dimension autre que matérielle à prendre en compte, celle de l’amour, de la reconnaissance et de la gratitude.

L’amour n’a peut-être pas été celui dont nous avion rêvé. L’autre nous a donné ce qu’il pouvait avec ce qu’il avait à ce moment-là. On ne peut donner que ce que l’on a reçu. Et cela dépend de notre histoire personnelle et de nos blessures. Nous avons nos limites.

La reconnaissance, il nous a témoigné son dévouement et sa fidélité (dans le sens où il a été là dans notre vie alors qu’il aurait pu nous quitter – je ne parle pas de l’infidélité amoureuse ou sexuelle). Il a pris soin de nous lorsque nous étions peut-être malades. Il s’est inquiété pour nous. Il nous a accompagné lors de nos visites chez le médecin et examens de contrôle, etc.

La gratitude, c’est éprouver un sentiment de remerciement et de reconnaissance pour ses « loyaux services ». Sentiment d’affection pour les services qu’il a pu nous rendre, ou les bienfaits reçus grâce à sa présence.

 

Alors on n’y pense pas aujourd’hui mais du jour au lendemain, selon certaines situations, ce conjoint peut se retrouver à la rue au décès de son compagnon si rien n’a été prévu pour le protéger.

Comment peut-on vivre des années avec quelqu’un et ne rien lui laisser à notre départ ? Comment reconnaitre, honorer et avoir de la gratitude pour notre compagnon de vie si ce n’est pas en le protégeant de notre vivant ?

Evidemment tout est cas d’espèce.

Cet article a juste pour objectif de vous interpeller, vous questionner et amener des prises de conscience. Ensuite, pour ce qui est des actes concrets à poser, il convient de prendre attache auprès de spécialistes (notaires et avocats).

 

Parfois, nous nous tournons vers du bénévolat local, ou de l’aide humanitaire pour donner un peu d’amour, un peu de soi alors qu’à côté de nous, nous ne faisons rien pour la personne qui a été notre plus proche compagnon (compagne). Pourquoi ?

 

Il existe des dispositions légales comme la donation-partage ou la donation en usufruit qui permettent de protéger et prendre soin de ceux que l’on aime.

Ainsi, l’amour se concrétise.

Le don se met en acte.

Et il devient un geste et un choix en conscience.

 

Savez-vous qu’un parent vivant seul peut donner à ses enfants sa maison en nue-propriété. Ce dernier conservera l’usufruit (c’est-à-dire qu’il pourra habiter le lieu sans en être propriétaire). A son décès, les enfants hériteront d’office du bien sans besoin de passer chez le notaire ce qui simplifie les formalités administratives. Il y a des conséquences fiscales importantes avec une réduction des droits de mutation à payer.

Mais la portée symbolique est importante car il s’agit d’un don fait de son vivant en conscience.

Et c’est un choix.

Certes, les enfants auraient finalement le bien en héritage lors de la succession, mais dans ces conditions, ce n’est pas vraiment un don : ils héritent en application des lois.

C’est pour cela que la donation fait de son vivant est un merveilleux cadeau car c’est la concrétisation d’un geste qui est acté dans le concret.

Et pour vous, qu’est-ce que donner ? Comment le manifestez-vous auprès de ceux que vous aimez ?

 

Source : www.cathybrun.com (en cas de copie de cet article, merci de respecter l’intégralité du texte et de citer la source)

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