Une petite phrase utilisée dans le langage courant qui semble n’avoir plus beaucoup de sens aujourd’hui, tant elle est devenue automatique. Mais qu’en est-il de notre véritable météo intérieure derrière ce masque ?
L’envie d’écrire à ce sujet m’est venue après la réflexion d’une collègue. Elle nous confiait qu’il ne fallait surtout pas que ses supérieurs lui demandent comment elle allait ce jour-là, car elle était très remontée contre une décision de la hiérarchie.
Comment ça va ?
- Ça va.
- Ça va bien.
- Ça va mieux.
- Ça va pas.
- Ça va trop vite.
- Ça va trop loin.
- Ça va fort.
- Ça va dans le mur.
- Ça va où ?
- Ça va quoi ?
- Ça va comment ?
- Ça va que…
Avez-vous remarqué que ce « Comment ça va ? » est devenu une simple formule de politesse qui, finalement, fait semblant de ne pas attendre de réponse. On l’utilise machinalement au début d’un message juste après le « Bonjour ».
Il y a quelques années, je travaillais avec une personne d’origine étrangère. Et lorsqu’elle me contactait par Teams, elle écrivait « Bonjour Cathy » et attendait ma réponse. Ne voyant pas de suite à son message, je répondais « Bonjour, (son prénom) ». C’est alors qu’elle enchaînait avec le « comment ça va ? » et je lui répondais « ça va bien, merci. Et toi ? ». C’est seulement après que nos échanges professionnels commençaient. Le « ça va » devenait ainsi le préambule obligatoire de la conversation. Là encore, une sorte de politesse scripturale.
Je ne vous parle pas non plus du « comment ça va ? » lancé dans le couloir où la personne est déjà partie sans attendre la réponse…
En toute transparence, je me suis surprise un matin à poser cette question à un collègue croisé dans le couloir, alors même que j’étais en train de rédiger cet article ! C’est sorti tout seul. Le fameux pilotage automatique ! Prise en « flagrant délit » !
Petite histoire d’une question de transit
D’où vient cette expression ? À l’origine, la question était posée au Roi pour savoir … s’il était allé à la selle. En effet, un bon transit était le signe d’une bonne santé.
Maintenant, remettez-vous dans le contexte du bureau. Lorsque vous posez la question à votre collègue, imaginez que vous lui demandez : « Tu as été faire caca aujourd’hui ? ». Tout de suite, c’est beaucoup moins glamour… Pourtant, cette origine nous rappelle une chose essentielle : au départ, cette question s’intéressait concrètement à la santé de l’autre, pas à sa productivité. Revenons aux choses sérieuses.
Le piège du pilotage automatique
Aujourd’hui, nous avons le sentiment que répondre honnêtement est un signe de vulnérabilité. Si ça ne va pas, on se tait. Pourquoi ? Parce que la personne en face n’a souvent ni le temps, ni l’espace pour accueillir notre vérité. Nous sommes dans une société qui rime avec performance, rentabilité. Mais qui dit aussi surcharge émotionnelle et pas le droit de craquer.
Choisir l’authenticité plutôt que le faux-semblant
Parce qu’on va se l’avouer : il y a des jours où nous n’avons ni le temps, ni l’espace mental ou émotionnel pour accueillir les problèmes de l’autre. Et plutôt que de faire semblant avec un faux « comment ça va ? », choisir l’authenticité est une belle forme de respect pour soi et pour l’autre.
Alors, que faire si l’on n’est pas prêt à accueillir la réponse ?
Osons simplement ne pas poser la question. Remplaçons le point d’interrogation par une affirmation bienveillante. Un regard, un sourire sincère et un simple : « Contente de te croiser ce matin, je te souhaite une belle journée ! » ou « Bon courage pour tes dossiers du jour » valent mille fois mieux qu’une question vide de sens. C’est offrir une vraie considération à l’autre, le temps d’un instant.
Et si on changeait de direction vers notre météo intérieure ?
Avez-vous remarqué que dans cette expression « comment ça va ? », il y a un verbe de mouvement, d’action, de direction ?
Selon le Larousse, la définition du verbe « aller » est : se mouvoir d’un lieu vers un autre, s’y rendre. Action d’aller quelque part. Dans notre société, on évalue la valeur de quelqu’un à ce qu’il fait ou à la vitesse à laquelle il avance.
Pourtant, ce petit « ça va ? » machinal n’est pas à jeter. Il a sa douceur : c’est une mot-sourire, une politesse légère pour saluer le boulanger ou un collègue pressé sans forcer la porte de son intimité. À ce stade, tout dépend de qui pose la question.
Entre collègues, c’est souvent un automatisme inconscient, une manière de saluer sans y penser. Mais lorsque la question vient de la hiérarchie, le « comment ça va ? » peut insidieusement être perçu comme un outil de production. On ne cherche pas tant à savoir comment se porte l’être humain, mais plutôt à vérifier si l’«outil » est opérationnel, performant et disponible pour la tâche, effaçant au passage ce qu’il ressent au fond de lui. Pourtant, la plupart des managers posent cette question sans malice, emportés eux aussi par le tourbillon des habitudes. Mais derrière le « ça va », l’intention profonde devrait être de se préoccuper de la santé physique et émotionnelle de l’autre. Savoir si la personne se sent bien dans son corps, dans sa tête, dans sa vie en ce moment. C’est vouloir remettre de l’humain et du lien sincère dans nos relations.
Et si l’on changeait notre habitude pour revenir à quelque chose de plus vrai ? Au fil de nos affinités et de la confiance partagée, ne devrions-nous pas plutôt demander : «Comment te sens-tu aujourd’hui ?» ou «Quelles sont tes énergies du moment ?».
Quelle est ta météo intérieure ?
J’aime énormément cette dernière question. Elle permet de dire les choses avec pudeur, sans entrer dans les détails parfois lourds à partager ou à recevoir. Poser une vraie question, c’est aussi être prêt à accueillir un silence, un sourire timide ou une moue, plutôt qu’un « ça va » robotique.
Dans un ancien poste, quand je répondais « ça va », rien qu’à l’expression de mon visage et/ou au son de ma voix, mes collègues voyaient bien que ce n’était pas un vrai « ça va ». Je n’avais simplement pas envie de déballer ma vie à ce moment-là. Si on m’avait demandé ma météo intérieure, j’aurais pu répondre « un peu nuageux aujourd’hui », exprimant mon état tout en préservant mon jardin secret, sans alourdir pour autant l’atmosphère du bureau.
L’autre est un être humain avec ses tempêtes, ses pluies, ses brumes et son soleil.
Et vous, quelle est votre météo intérieure aujourd’hui ?
Si vous deviez remplacer le rituel du « Comment ça va ? », quelle question aimeriez-vous que l’on vous pose plus souvent ? Dites-le-moi en commentaires !
Si vous aimez ces moments d’introspection, prolongez le voyage sur le blog avec d’autres lectures inspirantes pour cheminer, éveiller votre conscience et nourrir vos propres questionnements.
